Shannon Burke, « 911 (Black Flies) »

Sonatine, 22 mai 2014

 

 

Bob Garcia présente « 911″ de Shannon Burke sur Téléssonne le 14 mai 2014 dans l’émission « On a des choses à vous dire » de Patrice Arditti.
911 (Black Flies, traduit de l’anglais par Diniz Galhos), Shannon Burke, Sonatine,

http://www.shannonburkewebsite.com/

L’auteur :
Shanon Burke est né dans l’Illinois. Il a été ambulancier à New York. Il est scénariste (Syriana) et écrivain. Après Manhattan Grand-Angle (Gallimard, 2007), 911 est son second roman.
Le prologue de deux pages seulement plonge le lecteur dans le Harlem du début des années 90. Un monde sans pitié, fait de désespoir, de crime et de violence qui est le quotidien des ambulanciers que l’on appelle en urgence par le 911 : « Nous étions une sorte de croisement entre le soldat et le secouriste. Nous étions comme des aides soignants militaires en plein champ de bataille. Harlem sortait tout juste de la plus grosse vague de violence du siècle. Le quartier avait perdu un tiers de sa population depuis le milieu des années 1980. 50% des édifices de Central Harlem avaient été abandonnés par leurs propriétaires : des pâtés de maison entiers s’étaient transformés en taudis condamnés, à moitié calcinés. Crime, pauvreté, drogue, des gens désespérés tâchant tant bien que mal de survivre : c’était le Harlem du début des années 1990. »
C’est dans ce contexte que tente d’intervenir les ambulanciers du 911. Ils aiment ce quartier et les gens auxquels ils portent assistance. Mais pour leurs patients, ils représentent l’Etat haï : « Toute la journée, jour après jour, c’était des « Nique ta mère le 911, Nique sa mère Dinkins (maire de NY de 90 à 93), le 911 c’est une blague. » Nous étions censés rester insensibles à tout cela, l’ignorer. Et nous y arrivions en grande partie. La plupart d’entre nous parvenaient à faire croire qu’on s’en foutait totalement. »
C’est le cas de Rutkovsky, le co-équipier de Ollie, un taiseux qui prendra peu à peu Ollie sous sa coupe. Chacun à sa manière protège l’autre. Peu à peu l’univers hétéroclite des ambulanciers du 911 forme un famille. Pour survivre, ils doivent se tenir les coudes, et rien ne les fait sortir de leurs gongs, sauf quand l’un d’eux se fait agresser sur le terrain. Dès lors, les autres lui viennent en aide et le « vengent ». C’est cet univers paradoxal et la lente transformation psychologique d’Ollie que Shannon Burke nous laisse comprendre dans ce roman choc. L’auteur balade son stylo-caméra d’une scène à l’autre, il nous montre les faits crus et neutres, sans aucune considération personnelle ni pathos. Il laisse le malaise d’installer un fil des pages dans l’esprit du lecteur fasciné et terrifié. Comment ne pas se mettre à la place de l’ambulancier, ou du flics, qui font eux aussi preuve de débordements et d’excès face à l’horreur et la haine.
Au début du roman, Ollie fait juste semblant de se comporter comme ses collègues dans le seul but d’être accepté et de s’intégrer au groupe. Au fil des pages, il devient vraiment comme eux, perd sa petite amie qui ne le comprend plus. Son seul ami est son coéquipier. L’empathie dont il fait preuve en arrivant au 911 se transforme peu à peu en dégoût, en répulsion, comme devant jeune droguée qui vient d’accoucher en coupant elle-même le cordon ombilical avec sa pipe de crack :
« J’ai ramassé la pipe de crack et l’ai brandie à son intention :
- Quand est-ce que vous avez fumé pour la dernière fois ?
- Y’a à peu près une heure, a-t-elle répondu d’un ton léger, changeant complètement de version.
- Vous avez donc fumé alors que vous aviez commencé le travail ?
- Il me fallait quelque chose contre la douleur. […]- Vous avez passé un tes de dépistage VIH ?
- Je suis séropositive. J’ai le sida.
J’ai regardé autour de moi, dépité. Il y avait du sang sur mes gants, sur mon tensiomètre, sur mes bottes.
- Est-ce que vous avez pris des médicaments afin de ne pas transmettre le virus au bébé ?
- Bof, ça marche pas, ces trucs. Ça m’aurait servi à rien.
Je me suis légèrement reculé. J’éprouvais un dégoût absolu. J’avais envie de lui défoncer le crâne à coups de talons.
- Vous auriez au moins pu les prendre pour votre bébé, ai-je dit.
- Quelle importance ? Il est mort de toute façon. »
Puis le dégoût fait place au cynisme et à l’indifférence. La transformation psychologique d’Ollie semble inéluctable. On le sens fragile et prêt à basculer dans le cynisme et a violence de certains de ses collègues qui bastonnent à mort un dealer, juste pour se défouler ou pour en débarrasser le quartier. Le suspense de ce livre tient à cette transformation. Jusqu’où Ollie va-t-il tomber ? L’homme du 911 va-t-il devenir pire que la gangrène qu’il combat ?
Un livre hypnotique et hallucinant, que l’on ne lâche pas et qui tient toutes ses promesses, jusqu’aux toutes dernières lignes. Impossible de rester indifférent. A lire absolument !
©Bob Garcia

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