Thierry Maillard Trio, « The Alchemist »

Only Music, 14 mars 2014

 

 

http://www.thierrymaillard.com/

Thierry Maillard (Piano, compositions, orchestration & direction d’orchestre), Yoann Schmidt (Batterie), Matyas Szandai (Contrebasse), Didier Malherbe (doudouk (8), flûte, Bawu (3), flûte traversière (5 & 6)), Minino Garay (percussions (6)), Niel Gerstenberg (whistle (4, 9 & 10)), Dorothé Cornec (harpe (4, 8 & 10)), Djemai Abedenour (oud (11)), Bruno Bongarçon (guitare (8)), Miwa Rosso (violoncelle (1, 3 & 7)), Akemi Fillon – Anne Gravoin – Marianne Lagarde – Jacques Gandard – Ana Millet – Laetitia Ringeval (violons), Lise Orivel – Jean-Marc Apap – Christophe Briquet (alto), François Salque – Miwa Rosso – Jean-Baptiste Goraïeb (violoncelles)

Je ne revendique pas de langage pianistique défini. Je guette avec gourmandise, en concert, le moment où la musique se met à chauffer : alors mon jeu s’emballe et j’envoie »! La déclaration surprend du compositeur Thierry Maillard, posément adossé dans un café de la place du Châtelet. Le pianiste s’inscrit à l’École Normale de Musique à 14 ans. Option harmonie. Il découvrira le jazz par la suite, avec l’écriture de la musique. Les influences cardinales revendiquées : Bartok et Stravinsky. Les écoutes actuelles : Messiaen et Ravel. Changement radical en 1992, quand la violoniste Deborah Seffer lui pose le pied à l’étrier du jazz. Il tournera sans interruption à ses côtés jusqu’en 1997. A l’époque, le batteur John Betsch rejoint le groupe. Maillard en profite pour monter un trio. La chance lui sourit : « le tourneur Christian Pégand s’occupait de Deborah. Je lui ai passé une K7 audio. Il l’a transmise au batteur Dennis Chambers, lequel jouait avec John Mc Laughlin. Chambers a beaucoup apprécié. Je rentrais dans une boucle. J’entamais une période binaire/ternaire dans la mouvance du pianiste Mc Coy Tyner, puis dans celle du Chick Coréa période binaire. J’ai adopté le pli. »

Il continue de composer avec acharnement. Pégand le rappelle. Chambers et John Pattitucci (contrebasse) d’accord pour enregistrer. La date : 1998. Le lieu : New-York. Maillard n’en revient toujours pas : « Nous sommes restés deux jours en studio, avec mes compositions. Ce qu’ils m’ont apporté? Leur personnalité. Parfois, je m’arrêtais de jouer pour les écouter. » Paris-New-York sortira chez EMARCY/PolyGram. La même année, braquet supérieur : concert au Montréal Jazz Festival dans le quintet du virtuose Biréli Lagrene. Le voilà dans la cour des grands.

En 1999, il monte un trio visionnaire avec un quatuor à cordes, « dans l’esprit que reprend aujourd’hui le contrebassiste Avishaï Cohen ». L’influence des musiques d’Europe centrale surgit, insufflée par Deborah Seffer, d’origine hongroise par son père, le saxophoniste Yoshko Seffer. Bartok n’est pas loin. La tentation est trop forte. En 2004, avec le trompettiste Nicolas Genest, enregistrement d’un CD pur jazz, sous l’aura du géant Oscar Peterson. En 2010, Maillard forme le trio Behind the Mirror, avec le contrebassiste Jérôme Regard et le batteur Laurent Robin.

Le pianiste de jazz dirige aujourd’hui The Alchemist, onzième opus. Les styles qu’il a versé dans le creuset des influences ont trouvé la formule. « L’envie d’une masse plus importante me tiraillait. J’ai écrit les arrangements. Toutefois, jamais, je n’ai tiré les ficelles. J’ai convoqué les musiciens que j’apprécie, leur donnant libre cours pour générer les mélodies, improviser dessus. Il est arrivé que je me retire délibérément. Du coup, des bouffées de musique surviennent. S’ent, comme des visiteurs imprévus. Cela vous semblera paradoxal, mais en laissant libre cours à des improvisateurs honnêtes, je suis arrivé au résultat escompté… ». Les instants d’emballement et la diversité de l’album en témoignent.

The Alchemist – coverOn peut affirmer que le titre For Bela, entre orchestre de cordes et dissonances, diffère considérablement d’Idée Fixe, trio qui défend une mélodie binaire. De même, l’introduction à la harpe de Dorothée Cornec, dans Psycho, marche sur une autre planète que le solo de flute duduk de Didier Malherbe sur It’s Over. Le violoncelle de Miwa Rosso dans A New Day entame un voyage différent. Comme l’oud de Djemai Abedenour sur Albatros.

Aucun manque de cohérence, pourtant. La musique sort du moule originel. L’oeuvre ressemble à Thierry Maillard. A l’instar du solo frénétique, sur le titre The Alchemist, qui clôture la playlist. En définitive, Thierry Maillard , jazzman atypique ou classique contrarié ? L’intéressé ne se démonte pas :« J’ai parfois ressenti que ma voie en dehors des sentiers battus dérangeait. Peu importe : j’ai toujours fait ce que je voulais ».

©Bruno Pfeiffer

 

 




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