Mélanie de Biasio, « No Deal »

[PIAS] Le Label, 21 novembre 2013

 

http://youtu.be/jVHo8QOsAoU

 

http://melaniedebiasio.com/

Mélanie de Biasio (vocal, flûte), Pascal Paulus (claviers), Dre Pallemaerts (batterie) et Pascal Mohy (piano)

D’origine italienne par son père et belge par sa mère, la chanteuse et flûtiste Mélanie de Biasio nait le 12 juillet 1978 à Charleroi en Wallonnie. Elle réside maintenant à Bruxelles.

Très jeune, elle suit des cours à l’Académie de musique où elle apprend la flûte traversière. A 12 ans, elle entre à l’Harmonie de Charleroi, ensemble musical avec lequel elle partira en tournée pendant un mois au Canada à l’âge de 17 ans. Elle participe à différents groupes de jazz et de rock qui lui font découvrir plusieurs facettes de la musique comme l’improvisation. Parallèlement, elle suit des cours de chant au Conservatoire Royal de Bruxelles et obtient un Premier Prix après trois années d’études. Commence alors une vie de tournées en Russie, Europe du Nord et Japon avec ses complices de jazz.

Elle sort son premier album « A Stomach Is Burning » en 2007. « No Deal » est son 2ème album, déjà disque d’or en Belgique.

Un album hors du temps, hors des contraintes de formats imposées par une industrie soucieuse de rentabilité et des auditeurs/zappeurs pressés

Au total, l’album fait trente quatre minutes pour sept titres. Mais ce temps-là n’a pas de valeur. Mélanie nous entraîne dans un monde imaginaire de beauté, d’imagination et de grâce où l’on retient son souffle, comme dans les grands films de suspense.

Cet album est une pure pépite, un objet rare, mûrement pensé et mesuré. Mais quid des prestations en public ? Comme beaucoup de mes confrères, j’ai assisté au concert donné par Mélanie au New Morning, le     2013. La salle était bondée. Pendant toute la durée du concert, où Mélanie reprenait le répertoire de « No Deal », le public retenait son souffle dans un silence quasi religieux, dans l’attente de la moindre note de musique de la chanteuse/flûtiste. Une phrase d’un journaliste, prononcée à propos de Bob Dylan (autre époque et autre contexte !) m’est alors revenue en mémoire « Ce garçon-là ne chante pas, il prêche. »

La formule pourrait s’appliquer à Mélanie de Biasio. Prêtresse inspirée, elle envoûte, elle subjugue son public par la seule puissance de ses mots, des ses silences, de ses mélodies exprimées ou à inventer. Un détail révélateur : à la fin de chaque morceau, la foule groggy hésite à applaudir, incapable de briser l’envoûtement et la magie fragile de l’instant. Et quand enfin le premier claquement de main se fait entendre, c’est un déchaînement d’applaudissements aussi démesuré que le silence qui le précédait.

 

Melanie de Biasio, interview du 25 octobre 2013 par Bob Garcia

« -   Quelles ont été les personnalités du jazz qui vous ont marqué ?

-      Miles Davis m’a marquée, beaucoup. Et puis dans les chanteuses, finalement, c’était surtout les chanteuses à caractère, qui avaient fait le choix d’être plus dans l’interprétation que dans le scat. C’est vrai que je n’avais jamais vraiment été attirée par le scat en soit. Je préférais les instrumentistes pour le coup. Et donc c’était plutôt Abbey Lincoln, ou bien Nina Simone…

-      Et Shirley Horne ?

-      Je l’ai rencontrée sur le tard avec un album de Miles. Si j’adore mais c’est vrai que je ne l’ai pas écoutée beaucoup…

-      Venons-en à l’album lui-même « No Deal », pourquoi ce titre ?

-      Pas de compromis avec notre petite voix, avec les choses qui nous poussent à nous dépasser, à aller jusqu’au bout de nos rêves… des choses qui grondent fort à l’intérieur et qui nous demandent juste d’y aller. Pas de concession par rapport à ça, malgré le fait que parfois on pourrait penser que les apparences sont trompeuses et que rien n’est propice à suivre cette petite voix, il faut la suivre !

-      Pourquoi rien n’est propice ? Parce que le marché du disque est difficile ? Parce que c’est difficile de trouver sa place en ce moment en tant que chanteuse dans le domaine du jazz ?

-      Je pense que surtout il faut y croire et travailler beaucoup. Mais la foi, c’est vraiment le moteur, ce qui nous fait avancer et nous fait ouvrir le contexte pour qu’il devienne propice…

[…]

-      Il y a un vrai climat, une vraie ambiance dans votre album, vous l’avez qualifié je crois de « musique d’ombre et de crépuscule », quelque chose comme ça, d’où est venu ce climat que vous avez réussi à mettre sur tous les titres ?

-      J’avais besoin de faire un son qui laisse l’espace à l’autre pour pouvoir rentrer dans ce son et pouvoir y rêver, parce que pour moi ce qui est important, de pouvoir laisser la place à l’autre de s’approprier l’histoire et ce son je l’avais en moi. J’ai pris le temps d’aller à la rencontre de ce son-là.

-      Quelles autres influences vous ont marqué en dehors de celle du jazz ?

-      Mes parents écoutaient beaucoup de rock… Lennon, Bowie, Pink Floyd, toute cette école, tout ce son m’a inspiré dans tout ce qui est climat. C’est essayer de trouver de l’espace dans le son. […] A chaque fois qu’on viendra voir ce groupe en concert, c’est important de rester poreux à l’instant, et c’est là où on parle de jazz, d’improvisation… pour moi c’est la musique vivante, avant tout.

-      Combien de temps pour écrire un disque pareil ?

-        Ça a pris du temps, parce qu’en plus je n’avais pas de directeur artistique, quelqu’un qui pourrait me guider, m’accompagner… donc le temps a été mon meilleur directeur artistique. Il m’a permis de pouvoir laisser reposer la matière et faire d’autres choses qui m’étaient nécessaires pour le processus de ce disque et pour mon processus de vie tout simplement. Et ce disque en fait partie, donc ça m’a pris 5 à 6 ans… »

©Bob Garcia

 

 




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