Lionel Eskenazi, « Jazz Magazine/Jazzman,

L’Age d’or du jazz »

Wagram Music, 3 novembre 2014

 

 

Il y a soixante ans, le jazz était à la mode, une musique que l’on dirait aujourd’hui « branchée », alors très appréciée des jeunes… C’est pour répondre à cette demande que, le 1er décembre 1954, apparut en France un magazine de jazz sobrement intitulé Jazz Magazine, aussitôt repris par deux passionnés de presse et de musique : Frank Tenot et Daniel Filipacchi.
Avec ce troisième coffret conçu par Jazz Magazine pour ses soixante ans en partenariat avec Wagram Music, nous avons voulu évoquer une période bénie (1954-1962) que l’on pourrait qualifier : « L’Age d’or du Jazz ».
A Paris, à cette époque, le jazz est omniprésent à la radio (avec l’émission « Pour Ceux Qui Aiment le Jazz » sur Europe n° 1), dans la presse, dans les films de la Nouvelle Vague (Ascenseur pour l’échafaud ou A Bout de souffle), dans les milieux artistiques de Saint Germain-des-Prés et sur toutes les scènes de la capitale qui constituent le passage obligé des grands jazzmen américains. À leur contact, des figures comme Martial Solal, André Hodeir ou les Double Six (présents dans cette compilation) font émerger une scène française dont l’importance dans la vie du jazz n’a cessé de croître jusqu’à nos jours.
Ce jazz américain qui l’innerve connaît alors une diversité stylistique sans précédent, car jamais autant de générations de jazzmen ne s’étaient montrées simultanément aussi créatives. Ainsi, dans les catalogues phonographiques et dans les coulisses des festivals qui commencent à fleurir, se croisent les vétérans du jazz hot comme Louis Armstrong, les représentants de l’ère du swing (Duke Ellington ou Count Basie), les chefs de file du bebop (Dizzy Gillespie et Bud Powell), ces pionniers du jazz moderne (Thelonious Monk, Miles Davis et Charles Mingus) dont le langage trouve son plein épanouissement parmi les créateurs du hard bop (Horace Silver, Art Blakey) et les prophètes d’un avenir qui se déroule à vive allure de John Coltrane à Ornette Coleman, en passant par Eric Dolphy, Wayne Shorter, Herbie Hancock.
Ainsi, tout en même temps New Orleans, swing, bop, cool, funky, soul, free ou modal, le jazz est propice aux échanges : tout le monde joue et enregistre avec tout le monde, encouragé par les directeurs de labels de l’époque, tels Orrin Keepnews ou Norman Granz. C’est pourquoi nous avons prêté une attention particulière à ces rencontres au sommet que sont les séances réunissant Lionel Hampton et Stan Getz, Thelonious Monk et John Coltrane ou Duke Ellington avec Charles Mingus et Max Roach…
Lionel Eskenazi, journaliste à Jazz Magazine Jazzman

 

 




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