Eric Longsworth/World Kora Trio

« Un Poisson dans le désert »

Passe Minuit, 2 mars 2015

 

 

World Kora Trio
Eric LONGSWORTH (Violoncelle)
Chérif SOUMANO (Kora)
David MIRANDON (Percussions)

Une musique subtile et touchante, balançant entre tradition et modernité. Un dialogue espiègle et pétillant sous le signe de l’exploration et de l’improvisation.
Forts d’un goût de l’aventure partagé et d’une grande complicité, depuis le Festival Rochefort en Accords où ils se sont rencontrés, Eric Longsworth et Chérif Soumano, accompagnés par David Mirandon, nous entrainent dans une épopée Nord Sud qui s’avère tricontinentale !

On prétend que les meilleurs musiciens sont ceux qui font chanter leurs instruments… C’est ainsi que le chant de l’archet, les envolées célestes des cordes, mélangés au groove du djembe, nous embarquent dans des paysages mélodiques et rythmiques d’une grande finesse, bercés des chaudes langueurs du violoncelle et des scintillants arpèges de la kora.

Après l’indéniable succès de leur précédent album Korazon, Eric et Chérif ont composé ces titres pour le World Kora Trio dans l’esprit des chants à répons communs aux trois continents (américain, africain et européen). Ces chants qui font sentir que l’autre est là, prêt à porter la musique un peu plus loin.

En ces temps de mondialisation virtuelle, une complicité réelle fait du bien. Surtout lorsqu’elle elle s’appuie sur des alliances surprenantes et des sonorités aussi généreuses.

I

 

Et comme cette cage au-dessus d’un banc, et comme cette mer tombeau d’émigrés piégés entre deux rives, et comme ces drapeaux noirs mortifères flottants à l’arrière des pick-up, et comme ces life-coach, ces indices, ces valeurs, ces résolutions mortes, ces transactions, et comme ces femmes brandissant le corps de leurs enfants comme étendard d’une violence plus forte à venir, et comme celui-ci enfermé pour une opinion, et comme celle-ci tabassée pour un corps nu, et comme cet autre, noir tué parce que noir ou lapidé parce qu’homme aimant un homme…

 

 

II

 

Et pourtant quand même malgré la dérive

Retrouver dans ce lieu comme en nous-même, et à travers aussi

un temps de doute sans savoir et certitude absolue, loin de nos calcaires et granits

un sable-solitude, une quarantaine sans tentation, sans aliénation, une continuité

Et ne plus rien envahir, éloigner les ronces de nos envies destructrices et chaotiques

 

Ne contempler que la frange d’or des noirs nuages,

l’oiseau surpris qui décolle derrière un buisson

le crépuscule rose sur les plis de nos tentes, le vent dans les voiles de notre caravane

le mauve des toits de notre cité et les cris heureux des enfants dans les rues

aux lèvres sucrées de friandises

Et reposer nos regards sur le champ de soleil de blé nouveau rempli de lucioles

Faire un émerveillement sans limite, sans être jamais le désastre de cette merveille

 

Puis une fois reposé, re-pensé, alors repartir au Matin de notre jeunesse,

refaire ce qui doit être fait

Et redevenir un affluent, re-nourrir un monde, relier le nombre et la lettre, prendre soin

Et marcher à la vie, sans acquérir autre chose que ce que nous sommes

Et au prochain sommet de dune découvrir la mer grise et verte

ses sables clairs recouverts de crabes jaunes-orangés malhabiles sur leurs pattes qui se précipitent dans l’écume

Et revenir là en baleine, singe, abeille, en bord de mer

Et revenir là en héron, lionne, grenouille, en bord de fleuve

Rejoindre ce milieu

 

Hébété de chaleur mais heureux, entre deux

poissons allongés dans le désert comme un fossile tombé du ciel en attente de pluie

ou coquillage posé sur l’estran espérant la marée haute

ou encore pierre dressée sur le glacier

à la recherche de l’air et de l’eau de nos origines

Etre au monde encore un peu comme un puits sans fond au-dessus

duquel un ciel sans fin nous attire.

 

Frédéric Lafond

 

 

 

 

 

 




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